Vous étiez où, vous, en mai 1968 ? Ne me dites pas que vous ne vous êtes pas posé la question : comment auriez-vous pu échapper à la litanie des souvenirs « soixante-huitards » de ceux qui ont occupé le pavé de Paris ou des capitales régionales ? La nostalgie étant toujours ce qu’elle était – contrairement à ce qu’a pu écrire Simone Signoret – les quinquas et tous ceux plus âgés s’interrogent sur ce qu’ils ont fait de ces 40 années depuis mai 68. Selon les caractères, les tempéraments et le regard introspectif que l’on porte sur son parcours personnel, on regrette, on « aurait pu », ou on se félicite de ce chemin parcouru.
De ce mai 68 je garde le souvenir des fraises croquées lors des « sittings » du nouveau lycée Bocquet-Flochel à Arras que nous venions d’inaugurer tout jeunes lycéens, des premières amourettes mais, surtout, de ces cavalcades dans les escaliers pour bondir dans les classes en annonçant : « AG dans 10 minutes dans la cour ! ». Animateur du CAL (comité d’action lycéen), mai 68 demeure, dans mes souvenirs, ce grand moment d’insouciance, d’utopie et, quelque part, de conviction que nous pouvions changer le monde, notre pays, notre région par la somme de nos engagements individuels. Ma manière personnelle d’être « Révolutionnaire ! »
Evoquer mai 68, c’est d’abord cultiver ces « egos ». La question plus délicate, difficile et qui met le doigt –« là où ça fait mal » me semble, plutôt, de savoir ce que pourrait être un mai 2008, 40 ans après mai 68. Alors, tentons quelques pistes.
On pourrait, par exemple, se demander pourquoi le Medef de cette région continue d’adopter des comportements aussi « claniques » dans les instances de concertation ou les institutions régionales. La démission de la CFDT, la semaine dernière, de tout poste de vice-président au Comité économique et social régional illustre, très officiellement, ce malaise que nous dénonçons depuis des mois. De même, évoquer les allocations familiales, le 1% logement qui datent de plus de 50 ans pour souligner l’engagement social du patronat nordiste, n’est-ce pas « hors de propos » ? Depuis quoi ? Et côté syndical, que signifient ces manifs avec toujours les mêmes discours, les mêmes slogans et la même langue de bois. Quand pourra-t-on, enfin, mener des discussions paritaires prenant en compte les réalités contemporaines ? Et considérer que moins de profs pour moins d’élèves n’est pas à proprement parler scandaleux au regard des efforts consentis depuis 20 ans pour l’enseignement.
Parlons, aussi, politique dans cette région. A quoi ont servi ces 40 dernières années de main mise socialiste sur le Pas-de-Calais ? Comment peut-on encore admettre la pagaille de l’intercommunalité dans le bassin minier, fruit d’egos démesurés de certains élus et de l’incapacité de maires de même couleur politique à travailler ensemble ? Comment ne pas leur demander, enfin, des comptes ? Comment continuer de faire semblant de croire à un partenariat politique PS-PC quand chaque jour illustre les bas règlements de compte, immanquablement payés par le contribuable-citoyen ? Quand un vrai projet de territoire pour cet ex-bassin minier seulement capable de continuer à tendre la sébile à un Etat que l’on sait ruiné ? Quand, une droite vraiment capable de dépasser ses querelles de chefs et de proposer une alternative crédible à 70 ans de « tout à gauche » dans le Nord-Pas de Calais ?
Quand, un taux de chômage régional dans la moyenne nationale ? Quand, la fin des ragots dans ces dîners en ville où moins on en sait plus on médit sur le (la) maire de Lille, Daubresse, Vanlerenberghe, ces patrons « qui réussissent mais de droite » et ces « syndicalistes intelligents mais de gauche » ? Quand, un patron du BTP sera-t-il autant considéré qu’un industriel ? Quand cessera-t-on de regarder le monde associatif comme les soutiers du vivre ensemble et de conditionner le soutien à leurs actions à un alignement politique souhaitable, à défaut d’être officiellement souhaité ?
Incroyable ce qu’il nous reste à faire pour vivre un vrai mai… 2008 !
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